LES ELFES THE ELVES
Leconte de Lisle trans. Stan Solomons
Couronnés de thym et de marjolaine,
Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Du sentier des bois aux daims familier,
Sur un noir cheval, sort un chevalier.
Son éperon d’or brille en la nuit brune;
Et, quand il traverse un rayon de lune,
On voit resplendir, d’un reflet changeant,
Sur sa chevelure un casque d’argent.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Ils l’entourent tous d’un essaim léger
Qui dans l’air muet semble voltiger.
- Hardi chevalier, par la nuit sereine,
Où vas-tu si tard? dit la jeune Reine.
De mauvais esprits hantent les forêts;
Viens danser plutôt sur les gazons frais. -

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

- Non! ma fiancée aux yeux clairs et doux
M’attend, et demain nous serons époux.
Laissez-moi passer, Elfes des prairies,
Qui foulez en rond les mousses fleuries;
Ne m’attardez pas loin de mon amour,
Car voici déjà les lueurs du jour. -

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

- Reste, chevalier. Je te donnerai
L’opale magique et l’anneau doré,
Et, ce qui vaut mieux que gloire et fortune,
Ma robe filée au clair de la lune.
- Non! dit-il.- Va donc! - Et de son doigt blanc
Elle touche au coeur le guerrier tremblant.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Et sous l’éperon le noir cheval part.
Il court, il bondit et va sans retard;
Mais le chevalier frissonne et se penche;
Il voit sur la route une forme blanche
Qui marche sans bruit et lui tend les bras:
- Elfe, esprit, démon, ne m’arrête pas! -

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

- Ne m’arrête pas, fantôme odieux!
Je vais épouser ma belle aux doux yeux.
- Ô mon cher époux, la tombe éternelle
Sera notre lit de noce, dit-elle.
Je suis morte! - Et lui, la voyant ainsi,
D’angoisse et d’amour tombe mort aussi.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.
Crownèd with thyme and marjoram
The Elves dance joyous on the plain.

From out the forest path, known to the deer
On jet black steed there rides a cavalier.
His spurs of gold flame in the sombre night.
And passing through the pale moon`s shimmering light
One sees, splendid and radiant, flashing fair,
A helm of silver on his tossing hair.

Crownèd with thyme and marjoram
The Elves dance joyous on the plain.

In aery swarm they gird and hem him there,
Flitting and floating on the muted air.
"O cavalier, bound through the night serene,
Where goest thou so late" said the young Queen.
Knowest thou not that evil is abroad,
Rather come dance with us on the cool sward".

Crownèd with thyme and marjoram
The Elves dance joyous on the plain.

"No, for my clear and gentle eyed betrothed
Awaits . Early tomorrow we`re to wed.
Elves of the meadow, pray you let me by,
Ye who on mosses fairy circles ply.
Far from my love, O force me not to stay,
For even now I see the gleams of day."

Crownèd with thyme and marjoram
The Elves dance joyous on the plain.

"Stay! And I`ll give to thee, my rider bold,
The magic opal and the ring of gold,
And what is better far than fame or fortune,
My robe spun shrewdly by the light of moon".
"No!" said he. "Go then!" She, with finger stark
Touches the trembling warrior to the heart.

Crownèd with thyme and marjoram
The Elves dance joyous on the plain.

The black steed rears and leaps beneath the spur,
Rushing and bounding, flying fast and far;
But on its back the rider reels and shivers,
Sees in his path a pallid spectre quiver,
Noiselessly nearing, stretching forth its arms:
"Elf! Spirit! Stay me not! Do me no harm!"

Crownèd with thyme and marjoram
The Elves dance joyous on the plain.

"Odious phantom, force me not to stay,
For I must wed my gentle love this day!"
"O my dear spouse, the tomb, eternally,
Shall be our only bridal bed, says she,
For I am dead!" and he, seeing ‘tis true,
With love and anguish falls a dead man, too.

Crownèd with thyme and marjoram
The Elves dance joyous on the plain.
Trans. Copyright © Stan Solomons 2006



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