LE CHAT ET L'OISEAU
Un village écoute désolé
Le chant d'un oiseau blessé
C'est le seul oiseau du village
Et c'est le seul chat du village
Qui l'a à moitié dévoré
Et l'oiseau cesse de chanter
Le chat cesse de ronronner
Et de se lécher le museau
Et le village fait à l'oiseau
De merveilleuses funérailles
Et le chat qui est invité
Marche derrière le petit cercueil de paille
Où l'oiseau mort est allongé
Porté par une petite fille
Qui n'arrête pas de pleurer

Si j'avais su que cela te fasse tant de peine
Lui fit le chat
Je l'aurais mangé tout entier
Et puis je t'aurais raconté
Que je l'avais vu s'envoler
S'envoler jusqu'au bout du monde
Là-bas où c'est tellement loin
Que jamais on n'en revient
Tu aurais eu moins de chagrin
Simplement de la tristesse
Et des regrets
Il ne faut jamais faire 
Les choses à moitié.


© Jacques Prévert
THE CAT AND THE BIRD
They listen all aghast
To the sung agony
Of a bird, their last,
The cat, also their last,
Gently devours,
The bird stays its song
The cat ceases to purr,
To lick its chops,
And all the village stops
For a fine funeral.
The cat, along with all,
Behind the tiny coffin
And the bird therein,
Borne by a maiden
Weeping without cease.

"Had I but known the fuss",
The cat said, "then instead
I'd not have left a shred.
And I would say
I'd seen it fly away
To the world's borne,
Never to return.
And there'd be less distress
At most a simple sadness
A lack a day.
I'm sure it does not pay
Half doing things this way."


 © S N Solomons  2006


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